Techniques, histoire et règles, sans jargon
Dans les arts martiaux vietnamiens, les armes ne sont pas un décor de démonstration : elles prolongent le travail à mains nues et enseignent des qualités que l'on ne développe pas autrement, comme la gestion de la distance, la coordination du corps entier ou le contrôle d'un objet en mouvement. Cette page présente les principales armes traditionnelles, leur vocabulaire et leur place dans l'apprentissage. Elle ne remplace pas un enseignement : l'étude des armes se fait toujours avec un instructeur et du matériel adapté.
Les arts martiaux vietnamiens, appelés võ thuật, se rattachent à deux grandes lignées : celle des Sino-Vietnamiens, héritiers des Han, et celle des Chams ou des Vietnamiens autochtones. Des vestiges le confirment : des sculptures de boxeurs en bois du dix-septième siècle et des poteries des treizième et quatorzième siècles montrant des guerriers attestent l'ancienneté de ces pratiques dans le pays.
Parmi les écoles traditionnelles figure la tradition de Bình Định, dans le centre du pays, ainsi que la Võ Lâm Tân Khánh Bà Trà, créée au dix-septième siècle comme méthode de défense contre des adversaires et des bêtes sauvages. L'usage des armes y est ancien et lié à des nécessités concrètes : se protéger, travailler la terre, défendre un village.
Le bâton, appelé côn en vietnamien, est l'arme de base de nombreuses écoles. Sa longueur varie, mais il se tient à deux mains et se manie en moulinets, en frappes et en parades. Il est souvent la première arme enseignée parce qu'il pardonne les erreurs : un bâton en bois n'a pas de tranchant, et ses trajectoires sont faciles à lire.
Il enseigne trois choses. La distance, car le pratiquant apprend à gérer l'écart entre lui et l'adversaire. La rotation, car chaque moulinet engage les hanches et les épaules. La précision, car frapper un point avec l'extrémité d'une barre en rotation demande de la maîtrise.
Le sabre, kiếm en vietnamien, et l'épée sont des armes à lame. Dans l'entraînement, elles sont remplacées par des répliques en bois, en métal émoussé ou en mousse, selon l'âge et le niveau des élèves. Leur maniement introduit la notion de tranchant : un geste imprécis n'est plus seulement inefficace, il est impossible à maîtriser si l'on ne connaît pas l'angle de la lame.
Les enchaînements travaillent l'alternance entre attaque et défense, les changements de garde et la synchronisation du regard avec le mouvement. Ils se pratiquent d'abord seul, en forme, puis à deux, avec un partenaire, sous contrôle strict.
La hallebarde, dao dài, est une arme d'hast à longue lame. Plus lourde que le bâton, elle exige de la force dans les poignets et les avant-bras, mais aussi un bon placement. Sa portée donne un avantage de distance, qui se paie par une certaine lenteur dans les changements de direction, d'où l'importance du jeu de jambes pour compenser.
Dans les écoles qui l'enseignent, elle est souvent réservée aux pratiquants avancés, parce qu'elle demande d'avoir déjà acquis un contrôle fin du bâton et du déplacement.
Parmi les armes souples figure le nhuyễn tiên, rendu en français par chaîne ou fouet de chaîne. Il se compose d'un segment flexible terminé par un poids, qui se lance et se rappelle. Son maniement demande une coordination remarquable : une erreur de trajectoire et le poids revient vers son propriétaire.
Il illustre une idée fréquente dans les arts martiaux : la souplesse comme complément de la dureté. Les pratiquants le découvrent tard, lorsque leur contrôle est suffisant pour éviter les accidents.
Dans le sud du pays, le khăn rằn, foulard traditionnel à carreaux, sert aussi de support de travail. Noué ou tendu, il permet de bloquer, d'immobiliser un bras ou de frapper. Cet usage montre que les arts martiaux vietnamiens s'appuient sur des objets familiers : bâtons, outils agricoles, étoffes. Le vocabulaire des armes dit autant l'histoire des campagnes que celle des guerres. Cette dimension quotidienne rappelle aussi que l'art martial vietnamien s'est transmis longtemps dans les villages, avec des moyens modestes, avant d'être codifié dans des écoles.
L'école moderne Vovinam, fondée par Nguyễn Lộc, intègre des armes traditionnelles dans son programme : bâton, sabre, épée, hache. Elles s'enseignent selon une progression, après un travail de base à mains nues, ce qui permet à l'élève d'aborder l'arme avec une posture stable et une bonne maîtrise de ses appuis. Dans la plupart des clubs, le travail aux armes occupe une partie limitée de la séance, souvent en fin de cours. Les techniques de poings, de pieds et de projection sont présentées dans la page sur les techniques de base du vo dao, et l'histoire de l'école dans celle sur l'histoire du vo dao.
Quelques règles protègent les élèves. Les armes sont en bois ou en matière émoussée, adaptées à l'âge et au niveau. L'espace est dégagé, avec une distance de sécurité entre les pratiquants. Un instructeur supervise chaque exercice à deux. Les débutants commencent par des formes seuls, sans partenaire. Ces règles sont l'essentiel de la pratique, pas un supplément : un geste mal maîtrisé avec une arme est dangereux pour soi et pour les autres. Les repères historiques de cette page viennent de la notice de l'encyclopédie en ligne consacrée aux arts martiaux vietnamiens.